"Mon travail consiste à porter des grossesses pour d'autres personnes"

- Author, Agnes Penda
- Role, Nairobi
- Published
- Temps de lecture: 6 min
Lorna Fidelia est mère porteuse. Il y a quelques années, elle a porté une grossesse de triplés et aujourd'hui, elle cherche à porter un autre enfant.
Lorna fait partie des femmes qui ont choisi cette activité afin d'aider les familles qui ne parviennent pas à avoir d'enfants.
"Je me suis assise et j'ai réfléchi. J'ai été mère célibataire pendant de nombreuses années. Je me suis dit : j'ai mes enfants, je travaille, mais l'argent ne suffit pas. Pourtant, il y a des personnes qui n'ont pas d'enfants et qui ont les moyens de payer le loyer, la nourriture et la scolarité. Je me suis alors dit que je pouvais aider quelqu'un qui ne peut pas avoir d'enfant tout en recevant une aide pour moi-même et pour mes enfants", explique Lorna Fidelia.
Avant qu'une femme ne soit acceptée comme mère porteuse, elle et les futurs parents signent un contrat légal. Ce contrat fixe la rémunération ainsi que des clauses précisant notamment que la mère porteuse n'a aucun droit de réclamer l'enfant après sa naissance.
Ensuite, tout le processus débute à l'hôpital. Un spécialiste de la fertilité examine les futurs parents et recueille les gamètes masculins et féminins. Après avoir évalué l'état de santé de la mère porteuse, il procède à l'implantation de l'embryon.
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Dr Susan Karanja, spécialiste de la gestation pour autrui à l'hôpital Nairobi West de Nairobi, explique qu'au Kenya, une mère porteuse doit être âgée de 25 à 45 ans. Elle doit également subir des examens médicaux avant d'être acceptée.
"La mère porteuse passe par un processus complet d'évaluation médicale. On vérifie son état de santé général et on analyse son sang pour s'assurer que tout est normal. Une fois cette étape terminée, le médecin examine également son utérus afin de confirmer qu'il est en bonne santé. Après le prélèvement des ovules de la future mère et du sperme du futur père, nous les fécondons en laboratoire, puis nous transférons l'embryon dans l'utérus de la mère porteuse."
Après le transfert embryonnaire, la mère porteuse doit se reposer et éviter les travaux pénibles afin de ne pas mettre la grossesse en danger.
La gestation pour autrui présente aussi des avantages financiers. Les futurs parents versent une rémunération mensuelle à la mère porteuse et prennent en charge ses besoins quotidiens. Lorna a particulièrement bénéficié de ce soutien lorsqu'elle portait des triplés.
"S'il y a bien une période où je ne me suis jamais inquiétée de trouver de quoi manger, de payer les frais de scolarité ou le loyer, c'était à ce moment-là."

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Les rémunérations versées aux mères porteuses en Afrique apparaissent relativement faibles comparées à celles pratiquées dans les pays développés.
Par exemple, aux États-Unis, le recours à une mère porteuse peut lui rapporter entre 120 000 $US (environ 67,2 millions FCFA) et 220 000 $US (environ 123,2 millions FCFA) pour une seule grossesse.
Au Kenya, la loi n'autorise pas officiellement une rémunération. Toutefois, les futurs parents versent généralement une compensation ou un geste de gratitude allant d'un minimum de 1 000 $US par mois (environ 560 000 FCFA par mois), tout en prenant en charge l'ensemble des besoins de la mère porteuse, jusqu'à 8 000 $US (environ 4,48 millions FCFA) selon les accords conclus entre les parties.
La ville de Nairobi compte 15 centres spécialisés dans la fécondation in vitro (FIV). La FIV et la gestation pour autrui gagnent en popularité en Afrique à la suite d'une baisse estimée à 37 % de la fertilité.
Même si l'expérience de Lorna s'est globalement bien déroulée, d'autres femmes affirment avoir été victimes d'abus en raison de l'intervention d'agents intermédiaires qui les mettent en relation avec des parents à la recherche d'une mère porteuse.
Ces intermédiaires finissent souvent par prélever la plus grande partie de l'argent versé par les futurs parents, ne laissant à la mère porteuse qu'une faible part des sommes reçues.
À cela s'ajoutent parfois des conflits entre les futurs parents et la mère porteuse, par exemple lorsqu'une mère porteuse refuse de remettre l'enfant après sa naissance.

Ayieta Lumbasyo, avocate spécialisée dans les questions de procréation, explique que l'absence de lois encadrant les technologies de reproduction assistée dans de nombreux pays africains est à l'origine de ces problèmes.
"Souvent, une jeune femme ne comprend même pas ce que dit le contrat qu'elle signe. L'absence de cadre juridique fait que les personnes concernées ne savent pas à quoi s'attendre. Certaines femmes sont trompées sur les sommes qui leur sont dues. Par exemple, elles peuvent se mettre d'accord sur un montant de 700 000, mais après l'accouchement, on leur dit finalement qu'elles ne recevront que 400 000", explique Ayieta Lumbasyo.
Des pays comme le Kenya, l'Ouganda et la Tanzanie ne disposent pas encore de lois spécifiques encadrant les technologies de reproduction assistée.
Au Kenya, les parents d'intention sont actuellement contraints d'adopter leur propre enfant après sa naissance. Cette procédure peut prendre du temps, car l'enfant est d'abord enregistré au nom de la femme qui l'a mis au monde.
Cependant, le Kenya est en train d'élaborer une nouvelle législation destinée à protéger et à encadrer les technologies de la reproduction. Cette future loi supprimerait l'obligation, pour les parents d'intention, d'adopter l'enfant après sa naissance. Ils pourraient ainsi en obtenir la garde et la reconnaissance légale dès sa venue au monde.
À l'heure actuelle au Kenya, les parents doivent donc adopter l'enfant né d'une gestation pour autrui, puisque les noms inscrits sur les documents établis à l'hôpital sont ceux de la mère porteuse qui a accouché.
L'avocate a toutefois un avis différent et estime que ce projet de loi pourrait faciliter le trafic d'enfants.
"Le problème avec ce projet de loi, c'est qu'il pourrait ouvrir la porte au vol d'enfants. Ce que nous demandons, c'est simplement qu'on supprime les obstacles qui empêchent les parents de récupérer leur propre enfant", explique-t-elle.
Malgré la stigmatisation dont sont souvent victimes les personnes confrontées à l'infertilité, les technologies de procréation assistée, notamment la fécondation in vitro et la gestation pour autrui, gagnent progressivement en popularité en Afrique.
Cependant, en l'absence d'un cadre juridique clair et adapté, ce secteur risque de continuer à être confronté à de nombreuses controverses, à des litiges et à des abus, aussi bien pour les parents d'intention que pour les mères porteuses et les enfants concernés.























